mardi 7 juin 2011

OBLOMOV - Yvan Gontcharov


Roman univers, monde dans le monde, Oblomov est un des plus grands livres que j'ai eu la chance de lire. Pourtant, le thème de départ peut paraître ennuyeux : on passe les 150 premières pages couchés au lit avec Oblomov, propriétaire terrien vivant à St Pétersbourg, dans un appartement qu'il loue et habite avec son grossier domestique Zakhar, et où il passe ses journées à ne rien faire, vautré sur son divan, repoussant éternellement au lendemain les soucis, éludant les lettres alarmistes du régisseur de son domaine familial, où il n'a pas mis les pieds depuis 10 ans, et ignorant les demandes incessantes de son propriétaire qui lui demande de quitter l'appartement.
Il a bien un grand plan, ingénieux et novateur, pour moderniser le fonctionnement de son domaine, mais ses idées restent à l'état de pensées. Il n'est plus visité que par des individus médiocres, ou parasites, qui profitent de sa naïveté et de sa bonté, et n'a plus aucune vie sociale à l'extérieur. Seul son meilleur ami Stolz, bouillonnant homme d'affaire russe-allemand, fera tout pour "ressusciter" son ami, en le confiant aux bons soins de sa meilleure amie, la jeune Olga, dont Oblomov va tomber fou amoureux, avant d'être rattrapé par son doux mal, que Stolz nomme, avec fatalisme, l'Oblomovisme, mal qui ne tolérera rien sauf l'immobilité et l'isolement.
Après les 150 premières pages où l'on découvre l'apparente feignantise agaçante du héros, on plonge avec lui dans ses rêves, rêves qui nous permettent de revivre à ses côtés son enfance, dans le domaine familial. Pages exceptionnelles et lyriques, qui nous permettront de comprendre les origines de la névrose d'Illia Illitch Oblomov. Petit maître choyé et protégé par une foule de domestiques, empêché de faire quoi que ce soit, Oblomov n'a pas vécu, n'a jamais été un petit garçon comme les autres, à la différence de son jeune ami Stolz, qui, au même âge, vagabondait parfois loin de sa maison, plusieurs jours, à la grande fierté de son père (industrieux allemand et professeur d'Oblomov), qui le renvoyait parfois durement faire son apprentissage de la vie dans les bois quand son fils n'avait pas rendu sa traduction de grec.
Grâce à Stolz, Oblomov réussira à devenir un jeune homme attiré par le bien, par la poésie et la compréhension du monde, aimant à rejeter toute forme de bassesse, en esprit ou en action ; mais l'éloignement de son ami, parti faire fortune, le ramènera à son état léthargique, inanimé, désintéressé de tout, même de son propre bonheur, et il plongera très vite dans sa vie allongée.
Mais cette idée du bonheur, (travail / vie de couple / reproduction) vendue par la société comme la norme, et incarnée par Stolz ("la vie, c'est le travail"), ne fonctionne pas avec Oblomov, qui perdra l'amour d'Olga, pourtant acquis, pour vivre pleinement son bonheur à lui : l'immobilisme total dans une petite et obscure pension, parfaitement tenue par une femme fée du logis, de basse extraction, simple mais physiquement attirante, qui s'occupera de notre héros comme ses domestiques le faisaient dans son enfance, tout en étant, sans s'en rendre compte, un objet de désir puissant pour le noble locataire, qu'elle choit comme un trésor. Ses coudes nus, sa chaire pleine et sa poitrine épanouie obsèdent Oblomov, et font disparaître à jamais les rêves (sont-ils les siens ?) de vie élégante, dans son domaine rénové, avec des personnes éduqués, marié à une femme comme Olga, dans l'opulence et l'oisiveté sereine. Oblomov ira au bout de son oblomovisme, parfaitement heureux de son sort, père d'un petit bâtard qui lui aura donné sa logeuse, loin du monde et de ses exigences fatigantes.
Stolz récupérera Olga et l'épousera, en lui faisant comprendre que sa relation avec Oblomov (donc il rit en l'apprenant) n'était pas de l'amour, mais une erreur de jeunesse, car Oblomov ne peut être aimé, pour la simple raison qu'il n'est qu'un enfant. Lui, Stolz, est un homme fait, actif, entreprenant, sûr de lui, un homme fait pour être époux et père.
Mais c'est là qu'est la magie de l'histoire : Olga n'est pas heureuse. Passées les premières années de leur idylle, la torpeur du cœur s'installe en elle, et un mal sans nom la prend, et l'éloigne du bonheur total, paradis sur terre, que lui avait promis Stolz. Elle se souvient d'Oblomov, de son cœur bon, incapable de méchanceté, et on comprend qu'elle ne l'a pas oublié.
Pour satisfaire sa femme, Stolz fera tout pour sortir son ami de sa situation, selon lui horrible et déshonorante, et pour le ramener auprès de lui et d'Olga, le ré-installer dans son domaine, depuis longtemps remis en marche par ses bons soins. Mais Oblomov est trop loin, hors de portée, isolé dans son monde à lui. La perspective, proposée, voire imposée, par Stolz, de rejoindre ce monde, pour lui depuis longtemps oublié, le terrorise. Il préfère rester auprès de sa logeuse, dans l'ombre tiède et réconfortante.
Mais qui a raison ? Qui a compris ce qu'était la vie ? Qui a été heureux ? Stolz et sa femme dépressive, amoureux de l'idée de leur bonheur plutôt que l'un de l'autre ? Ou Oblomov et sa logeuse, parents épanouis, s'aimant silencieusement, sans discours, vivant simplement, sans ce besoin de s'élever par l'esprit vers les sphères intellectuelles.
Là est pour moi la grande question ce de cette grande œuvre, passionnante et haletante comme un feuilleton réussi, et inspirante comme les grands chefs d'œuvres littéraires.

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Ivan Aleksandrovitch Gontcharov (en russe : Иван Aлeксандрович Гончаров) est un écrivain russe né à Simbirsk le 6/18 juin 1812 et mort à Saint-Pétersbourg le 15 septembre 1891.

En 1847, il publie son premier roman Une histoire ordinaire.
Il donne l’année suivante des fragments de son chef-d’œuvre Oblomov, dont il achève la rédaction dix ans plus tard.
En 1869, il publie son dernier roman Le Ravin, un procès du nihilisme.

Au dire de Léon Tolstoï, Oblomov est une œuvre capitale ; selon Dostoïevski, elle est « servie par un talent éblouissant ». Ce roman de mœurs lui fut payé 10 000 roubles par l’éditeur des Mémoires nationaux russes dans lequel il fut publié en 1859, ce détail suffit pour donner une idée de la popularité dont jouissait de son vivant l’écrivain. Son héros est un mythe littéraire russe, aussi présent que Faust ou Don Juan. Oblomov, aristocrate oisif, est dans la culture russe le prototype de l’homme paresseux et médiocre, qui sacrifie ses rêves à une léthargie, qu’il vit pourtant comme un drame. Ce personnage est devenu en Russie un type après la parution de l'article « Qu'est-ce que l'oblomovisme ? » par le critique littéraire Nikolaï Dobrolioubov.
Source Wikipédia.


Oblomov, le film de Nikita Mikhalkov :




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